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EVOLUTION DE LA POLITIQUE MONETAIRE DE LA BANQUE DES ETATS DE L'AFRIQUE CENTRALE EN 2004

(mise à jour du 10 janvier 2005)

 
 

La situation macroéconomique des pays membres de la CEMAC s’est améliorée au cours des dernières années. Ainsi, le taux de croissance du PIB réel qui s’est établi à 4,1 % en 2003, est estimé à 7,9 % en 2004. En outre, le taux de croissance économique de la Zone d'Emission est projeté à 5 % pour l'an 2005.

La bonne orientation des principaux indicateurs économiques s’accompagne d’une consolidation des réserves de changes. Toutefois, l’éventualité d'une résurgence de l'inflation mondiale, liée à la hausse du coût de l'énergie, fait craindre un ralentissement de l’économie internationale au cours des prochaines années. Compte tenu de l’évolution interne des économies de la CEMAC, marquée par la poursuite de la croissance dans un contexte non-inflationniste et des perspectives de l’économie mondiale, le Gouverneur de la Banque Centrale a décidé de maintenir inchangés les taux directeurs de l’Institut d’Emission depuis la dernière réunion du Conseil d’Administration tenue le 5 juillet 2004.

La présente note, après avoir rappelé les objectifs monétaires pour l'année 2004, examine l’évolution récente de l’environnement économique international et sous-régional sur le plan monétaire, puis indique les changements que le Gouverneur a apportés aux taux d’intervention de la Banque depuis la dernière réunion du Conseil d’Administration, ainsi que les orientations que l’évolution prévisible de l’économie pourrait imprimer à la politique monétaire de la BEAC.

   1. - Rappels des objectifs monétaires pour l’année 2004

Le taux de croissance économique de la Zone d'Emission est estimé à 4,1 % en 2003, comparé à 4,2 % en 2002. Pour l’année 2004, les prévisions de croissance réelle et d’inflation des pays membres de la CEMAC se situent respectivement autour de 7,9 % et de 0,3 % (en moyenne annuelle).

En vue d’atteindre ces résultats, l’exercice de Programmation Monétaire a retenu les objectifs monétaires annuels ci-après pour l’année 2004 :

- Taux de couverture extérieure de la monnaie : 73,3 %

- Taux de croissance annuelle des crédits à l’économie : 3,9 %

- Taux de croissance annuelle de la masse monétaire  :  6,7 %      

2 -  Contexte économique et monétaire

A - Environnement international

Sur le plan économique, la conjoncture reste marquée par l’affermissement de la reprise économique mondiale. Cependant, le maintien du prix du baril de pétrole à un niveau élevé pourrait susciter des anticipations inflationnistes et ralentir la progression de l’économie des pays développés. Selon les dernières estimations, le taux de croissance de l’économie mondiale est estimé à 5 % en 2004 (contre 3,9 % en 2003).

Aux Etats-Unis, la reprise économique se poursuit et le taux de croissance attendu en 2004 se situe autour de 4,3 % contre 3,0 % en 2003.  

Au Japon, le redressement de l’activité économique se poursuit et la progression du PIB pour l’année 2004 (exercice fiscal se terminant au 31 mars 2004) est estimée à  environ 4,4 % contre 2,3 % en 2003.

Dans la Zone Euro, la croissance économique est projetée à 2,2 % en 2004 (contre 0,5 % en 2003) et 2005, en dépit du niveau encore élevé des déficits publics.

Dans l’UEMOA, la reprise économique se confirme. La progression du PIB est projetée à environ 3,4 % en 2004 contre 2,9 % une année auparavant. 

Sur le plan monétaire, des incertitudes persistent sur l’évaluation de l’impact de l’envolée des prix pétroliers sur le niveau de l’inflation et de l’activité économique mondiale.

Aux Etats-Unis, les taux d’intérêt restent orientés à la hausse depuis le 30 juin 2004. Dans cette perspective, le taux d’escompte de la Federal Reserve a été porté de 2,50 % à 2,75 % le 21 septembre 2004 et celui des federal funds (objectif implicite de la politique monétaire) de 1,5 % à 1,75 % à la même date.

Au Japon, en vue de mettre fin à la déflation qui a un impact négatif sur la croissance, la Banque du Japon mène depuis plusieurs année une politique de bas taux d’intérêt. Le taux d’escompte se situe à 0,10 % depuis le 18 septembre 2001.

Dans la Zone Euro, le taux directeur de la Banque Centrale Européenne (taux des appels d’offres) demeure fixé à 2,0 % depuis le 5 juin 2003.

Dans l’UEMOA, les taux d’intervention de la BCEAO n’ont pas été modifiés depuis la baisse de 50 points de base intervenue le 22 mars 2004. Ainsi, le taux d’escompte reste fixé à 4,50 % et le taux de pension à 4,0 %.

B - Evolution économique et monétaire récente de la CEMAC

Dans la CEMAC, la croissance économique s’est accélérée au cours de l’année 2004 principalement sous l’effet de la hausse de la production pétrolière. Le taux de croissance du PIB, en termes réels est estimé à environ 7,9 %. L’expansion devrait se poursuivre en 2005, mais à un rythme plus modéré (+ 5,0 %).

Reflétant l’évolution des indicateurs macroéconomiques, la situation monétaire s’est nettement améliorée. Ainsi, les avoirs extérieurs nets sont passés de 843,7 milliards en juin 2003 à 1 070,4 milliards en juin 2004. Le crédit intérieur a fléchi de 0,6 % sur la même période, en raison de la baisse marquée de l’encours des créances nettes sur l’Etat (-12,6 %), les crédits à l’économie ayant cru à un rythme modéré (+ 4,4 %). Reflétant l’évolution de ses deux contreparties (avoirs extérieurs nets et crédit intérieur), la masse monétaire a cru de 7,4 %.

Sur le Marché Monétaire, on observe une tendance à la hausse du niveau moyen des refinancements de la Banque Centrale aux établissements de crédit, qui s’explique surtout par la hausse des crédits à l’économie, notamment au Tchad où les besoins de financement des campagnes cotonnières demeurent importants. L’encours moyen des avances de la BEAC au système bancaire bien que modeste, a presque doublé, passant de 5 milliards en août 2003 à 10,4 milliards un an plus tard. Dans le même temps, l’encours moyen mensuel des placements bancaires s’est replié, revenant de 100,2 milliards en mars 2003 à 86,8 milliards en août 2004, traduisant principalement l’accroissement des emplois bancaires.

3 -  Evolution des instruments de la politique monétaire

A – Taux d’intérêt

Compte tenu de l’évolution favorable de la conjoncture économique dans la CEMAC, la BEAC a poursuivi une politique monétaire prudente au cours du deuxième semestre de l’année 2004 en maintenant inchangés les taux d’intervention de la Banque. Ainsi, le Taux d’Intérêt des Appels d’Offres (TIAO) n’a pas varié depuis la tenue du dernier Conseil d’Administration (05 juillet 2004) et reste toujours à fixé à 6,0 % depuis le 02 décembre 2003. De même, le Taux d’Intérêt des Prises en Pension (TIPP) et le Taux d’Intérêt sur les Placements (TISP à 7 jours) ont été maintenus respectivement à 7,80 % et à 1,95 %.

Ainsi, depuis le 03 décembre 2003 (date du dernier réaménagement), la grille réaménagée des taux s’établit de la manière suivante :

·          Taux applicables aux opérations avec les Etablissements de Crédit :

- Taux d’Intérêt des Appels d’Offres (TIAO) :  6,00 % (au lieu de 6,30 %)

- Taux d’Intérêt des Prises en Pension (TIPP) : 7,80 % (au lieu de 8,30 %)

- Taux d’Intérêt sur Placements (TISP) à 7 jours :  1,95 %      (inchangé)

- Taux d’Intérêt sur Placements (TISP) à 28 jours : 2,0125 % (inchangé)

- Taux d’Intérêt sur Placements (TISP) à 84 jours :  2,0750 % (inchangé)

 - Taux de Pénalité aux Etablissements de Crédit (TP)  :  15,00 %    (inchangé)

 -  Taux Débiteur Maximum (TDM) : 18,00 %    (inchangé)

 -  Taux Créditeur Minimum (TCM) :  5,00 %   (inchangé).

·          Taux applicables aux opérations avec les Trésors Nationaux :

- Taux des avances à l’intérieur du plafond statutaire : 6,00 % (au lieu de 6,30 %)

- Taux de Pénalité (avances au-delà du plafond statutaire) : 10,00 % (au lieu de                                                                                                                      10,5 %)

- Taux d’intérêt sur les dépôts spéciaux (Placements des organismes publics) :1,95 % (inchangé).

B- Réserves obligatoires

Depuis le 11 mars 2003, les coefficients de réserves obligatoires sont restés inchangés et fixés ainsi  qu’il suit :

1 - Banques du Groupe I : Pays à situation de liquidité satisfaisante  

(Cameroun, Congo et Guinée Equatoriale) :

. Coefficient applicable aux dépôts à vue   : 7,75 %

. Coefficient applicable aux dépôts à terme  : 5,75 %

2 - Banques du Groupe II : Pays à situation de liquidité fragile

(Centrafrique, Gabon et Tchad) :

. Coefficient applicable aux dépôts à vue : 5,00 %

. Coefficient applicable aux dépôts à terme : 3,00 %.

S’agissant du cas particulier de la République Centrafricaine, il convient de noter que l’application des réserves obligatoires aux banques de ce pays a été provisoirement suspendue depuis le 22 mai 2003.

Le montant total des réserves obligatoires constituées par les banques de la CEMAC n’a pas varié de manière significative depuis le mois d’août 2004 et s’établit à environ 126 milliards. Au 30 août 2004, cet encours représente 24,7 % des réserves totales des banques contre 24,9 % douze mois auparavant.

Au Cameroun et au Gabon, l’encours des réserves obligatoires représente respectivement 30,2 % et 27 % des réserves totales des banques, se situant largement au-dessus du seuil de 20 % en dessous duquel la situation de liquidité peut être considérée comme tendue.

En revanche, au  Congo et en Guinée Equatoriale, la situation de liquidité des banques semble plus favorable. En dépit de l’application des coefficients élevés aux banques de ces deux pays du fait de leur appartenance au Groupe I (pays à situation de liquidité jugée satisfaisante), l’encours des réserves obligatoires ne représente que  13,9 % et 12,9 % des réserves bancaires.

Au Tchad, le ratio réserves obligatoires/réserves totales des banques s’est sensiblement amélioré, revenant de 31,23 % en août 2003 à 19,14 % en août 2004. Cette évolution traduit la forte amélioration de la liquidité bancaire, suite à l’accroissement des réserves de changes qui sont recyclées à travers le système bancaire. 

En résumé, la situation de l’économie mondiale se caractérise, en cette fin de l’année 2004, par la poursuite de la croissance dans un contexte marqué par une relative stabilité des prix et ce, malgré la hausse du prix de l’énergie. La plupart des Banques Centrales conduisent une politique monétaire caractérisée par la recherche d’un équilibre prudent entre la lutte contre l’inflation (relèvement modéré des taux d’intérêt) et le soutien à la croissance (maintien des taux d’intérêt à leur niveau actuel). 

Dans la CEMAC, malgré quelques disparités et des situations parfois contrastées entre certains Etats membres, les principaux indicateurs macro-économiques dans la sous-région demeurent bien orientés. Cependant, il convient de garder à l’esprit que les bases de la croissance restent fragiles, car largement tributaires de l’évolution des cours des matières premières exportées. A cet effet, la diversification de la base productive, la lutte contre les déficits publics et l’accélération des mesures structurelles devraient constituer des priorités pour les Etats membres, afin de créer des bases d’une politique monétaire axée sur le maintien de la stabilité de la monnaie.