Index > Politique monétaire > Evolution récente de la politique monétaire et objectifs monétaires pour 2004  
  EVOLUTION RECENTE DE LA POLITIQUE MONETAIRE ET OBJECTIFS MONETAIRES POUR 2004 (mai 2004)  
 

Depuis le milieu de l’année 2000, les pays membres de la CEMAC connaissent une croissance économique soutenue qui s’explique principalement par la hausse de la production et du cours du pétrole, le renforcement de la discipline budgétaire et les effets favorables des mesures structurelles mises en œuvre dans la plupart des Etats. Le taux de croissance économique de la Zone d'Emission est projeté à 7,4 % pour l'an 2004 contre 4,0% réalisé en 2003 et 4,2% en 2002.

Dans cet environnement globalement favorable marqué par la consolidation des réserves nettes de changes, l’atténuation des pressions inflationnistes et la croissance de la masse monétaire, le Gouverneur agissant par délégation du Conseil d’Administration, a réduit les taux d’intervention de la Banque à compter du 2 décembre 2003 dans le but d’accompagner les efforts de relance des économies de la Zone d’Emission.

La présente note, après avoir rappelé les objectifs monétaires pour l'année 2004, examine l’évolution récente de l’environnement économique international et sous-régional sur le plan monétaire, puis indique les changements que le Gouverneur a apportés aux taux d’intervention de la Banque depuis la dernière réunion du Conseil d’Administration, ainsi que les orientations que l’évolution prévisible de l’économie pourrait imprimer à la politique monétaire de la BEAC.

1. - Rappels des objectifs monétaires pour l’année 2004

Le taux de croissance économique de la Zone d'Emission est estimé à 4,0 % pour l'an 2003 et 4,2 % en 2002. Pour l’année 2004, les prévisions de croissance réelle et d’inflation des pays membres de la CEMAC se situent respectivement autour de 7,0% et de 2,0% (en moyenne annuelle).

En vue d’atteindre ces résultats, l’exercice de Programmation Monétaire a retenu les objectifs monétaires annuels ci-après pour l’année 2004 :

- Taux de couverture extérieure de la monnaie                        :          72,3 %

- Taux de croissance annuelle des crédits à l’économie             :          33,5 %

- Taux de croissance annuelle de la masse monétaire                :            7,9 %      

2 -  Contexte économique et monétaire

A - Environnement international

Sur le plan économique, l’année 2003 a été marquée par le redémarrage de la plupart des économies occidentales. Selon les dernières estimations, la croissance mondiale se situerait à 3,2% en 2003 contre 3% en 2002. Pour l’an 2004, le taux de croissance de l’économie mondiale est projeté à 4,5 % compte tenu de la vigueur de l’économie américaine.

Aux Etats Unis, en dépit de l’aggravation du déficit budgétaire et du solde des comptes courants, la reprise économique se consolide. Ainsi, la croissance s’est établi à 2,9% en 2003 (contre 2,4% en 2002) et pourrait atteindre 4,2% en 2004. 

Au Japon, le spectre de la déflation semble s’éloigner et l’activité économique s’est redressée progressivement en 2003. Les experts anticipent une progression du PIB de 3,0% pour l’exercice fiscal se terminant au 31 mars 2004.

Dans la Zone Euro, la croissance économique pourrait rebondir à 1,8% en 2004 (contre 0,5% en 2003) suite à la reprise du commerce mondial, à la consolidation de la demande intérieure et à la relance des investissements privés.

Dans l’UEMOA, la reprise économique tarde à se confirmer. La progression du PIB est estimée à environ 2,1 % en 2003 contre 1,3% une année auparavant. 

Sur le plan monétaire, les taux directeurs des Banques Centrales restent orientés à la baisse, compte tenu du recul durable des pressions inflationnistes et du souci des autorités monétaires de relancer la croissance.

Aux Etats Unis, le taux d’escompte de la Federal Reserve reste fixé à 2,0% depuis le 25 juin 2003 et celui  des federal funds (objectif implicite de la politique monétaire) à 1,0% depuis la même date.

Au Japon, le taux d’escompte de la Banque du Japon se situe à 0,10% depuis le 18 septembre 2001.

 Dans la Zone Euro, le taux directeur de la Banque Centrale Européenne (taux des appels d’offres) demeure fixé à 2,0 % depuis le 5 juin 2003, et certains experts anticipent une nouvelle baisse qui permettrait d’affaiblir le taux de change de la monnaie unique en réduisant l’écart de taux entre la zone Euro et les Etats-Unis.

Dans l’UEMOA, les taux d’intervention de la BCEAO n’ont pas varié depuis le 20 octobre 2003, date de la révision à la baisse des deux principaux taux d’intervention de la Banque Centrale. Le taux d’escompte s’établit à 5,0% depuis cette date tandis que celui des prises en pension se situe à 4,5%.

B - Evolution économique et monétaire récente de la CEMAC

Les estimations élaborées par les services de la Banque pour l’année 2003, montrent une nette amélioration de l’environnement économique du fait des efforts d’assainissement des finances publiques et surtout des perspectives meilleures sur les marchés pétroliers. Le PIB en termes réels s’est accru d’environ 4,0% en 2003. Cette tendance devrait se poursuivre en 2004, la croissance attendu du PIB étant projeté à 7,4% pour l’année en cours.

Par ailleurs, la situation monétaire de la Zone d'Emission a été marquée par le léger repli des avoirs extérieurs nets sui sont revenus de 824,1 milliards en décembre 2002 à 809,7 milliards un an plus tard. Le crédit intérieur s’est accru de 6,5% sur la même période, sous l’impulsion des crédits à l’économie (+6,7% ), sa principale composante. Reflétant l’évolution de ses deux contreparties (avoirs extérieurs nets et crédit intérieur), la masse monétaire a cru de 5,4%.

Sur le Marché Monétaire, on observe une hausse du niveau moyen des refinancements de la Banque Centrale aux établissements de crédit (tous guichets confondus), qui s’explique essentiellement par l’accroissement des besoins financiers des banques tchadiennes confrontées au financement de la campagne cotonnière. L’encours moyen des avances de la BEAC au système bancaire est passé de 9,9 milliards en décembre 2002 à 13,1 milliards en décembre 2003. Dans le même temps, l’encours moyen mensuel des placements bancaires a considérablement diminué, revenant de 150,1 milliards en décembre 2002 à 89 milliards un an plus tard. L’évolution à la baisse des montants ponctionnés par l’Institut d’Emission s’explique principalement par le souci des établissements de crédit de puiser en priorité dans leurs placements pour faire face à l’accroissement de la demande de crédit.

3 -  Evolution des instruments de la politique monétaire

A – Taux d’intérêt

L’évolution de l’environnement économique, marqué au plan interne par la poursuite de la croissance dans un contexte non-inflationniste et au plan externe par le reflux des taux d’intérêt mondiaux, a conduit le Gouverneur à réduire le Taux d’Intérêt des Appels d’Offres (TIAO), afin de créer des conditions propices à la relance des investissements et réduire le différentiel de nos taux avec celui de nos principaux partenaires économiques. Ainsi, le TIAO (taux directeur de la BEAC) est revenu de 6,3% à 6,0% et le Taux d’Intérêt des Prises en Pension (TIPP) de 8,3% à 7,8% à compter du 2 décembre 2003. Sur la même lancée, le taux des avances aux trésors au-delà des plafonds statutaires a été ramené de 10,5% à 10,0%.

En revanche, le Taux d’Intérêt sur les Placements (TISP à 7 jours) n’a pas été modifié depuis la dernière réunion du Conseil et s’établit toujours à 1,95% depuis le 3 novembre 2003.

Ainsi, pour compter du 2 décembre 2003, la grille réaménagée des taux s’établit comme suit :

·  Taux applicables aux opérations avec les Etablissements de Crédit :

- Taux d’Intérêt des Appels d’Offres (TIAO) :     6,00 % (au lieu de 6,30%)

- Taux d’Intérêt des Prises en Pensions (TIPP) : 7,80 % (au lieu de 8,30%)

- Taux d’Intérêt sur Placements (TISP) à 7 jours :    1,95 % (inchangé)

- Taux d’Intérêt sur Placements (TISP) à 28 jours :  2,0125 % (inchangé)

- Taux d’Intérêt sur Placements (TISP) à 84 jours :  2,0750 %  (inchangé)

 - Taux de Pénalité aux Etablissements de Crédit (TP)  :  15 % (inchangé)

 -  Taux Débiteur Maximum (TDM) : 18,00 %   (inchangé)

 -  Taux Créditeur Minimum (TCM) : 5,00 %   (inchangé).

·  Taux applicables aux opérations avec les Trésors Nationaux :

- Taux des avances à l’intérieur du plafond statutaire : 6,00 % (au lieu de 6,30%)

-  Taux de Pénalité (avances au-delà du plafond statutaire) : 10,00 % (au lieu de                                                                                                                      10,5%)

- Taux d’intérêt sur les dépôts spéciaux (Placements des organismes publics) : 1,95 % (inchangé).

B- Réserves obligatoires

Depuis le 11 mars 2003, les coefficients de réserves obligatoires sont restés inchangés et fixés ainsi  qu’il suit :

1 - Banques du Groupe I : Pays à situation de liquidité satisfaisante (Cameroun, Congo et Guinée Equatoriale) :

. Coefficient applicable aux dépôts à vue : 7,75 %

. Coefficient applicable aux dépôts à terme : 5,75 %

2 - Banques du Groupe II : Pays à situation de liquidité fragile (Centrafrique, Gabon et Tchad) :

. Coefficient applicable aux dépôts à vue :     5,00 %

. Coefficient applicable aux dépôts à terme : 3,00 %

S’agissant du cas particulier de la République Centrafricaine, il convient de noter que l’application des réserves obligatoires aux banques de ce pays a été provisoirement suspendue depuis le 22 mai 2003.

Le montant des réserves obligatoires a plus que doublé, atteignant 119,6 milliards au 31 décembre 2003 contre 50,6 milliards en décembre 2002. Cet encours représente 29,0% des réserves totales des banques.

Au Tchad, au Cameroun et au Gabon, l’encours des réserves obligatoires représente respectivement 38,3%, 36,1% et 32,3% des réserves totales des banques, se situant au-dessus du seuil de 20% au-delà duquel la situation de liquidité peut être considérée comme tendue.  En revanche, au  Congo et en Guinée Equatoriale, la situation de liquidité des banque semble plus favorable, l’encours des réserves obligatoires ne représentant que 13,9% et 13,7% des réserves bancaires.

En résumé, la situation de l’économie mondiale se caractérise, en ce début de l’an 2004, par la reprise de la croissance dans un contexte de repli durable des pressions inflationnistes. Afin de soutenir cette reprise, la plupart des banques centrales maintiennent leurs taux d’intérêt à des niveaux historiquement bas dans le but de soutenir les investissements et la demande globale.

Dans la Zone CEMAC, l’embellie observée depuis le milieu de l’année 2000 se poursuit. Cependant, cette croissance, bien que soutenue reste fragile, car tirée principalement par la hausse de la production pétrolière. Le desserrement de la contrainte extérieure, qui s’est traduit par la consolidation des réserves de changes, a permis d’abaisser quelque peu le coût du loyer de l’argent. Cependant, la poursuite d’une politique de détente monétaire reste conditionnée par l’assainissement durable des finances publiques et du cadre macro-économique.